« Quand vous dites que ces gens ont un genre qui vous déplaît, vous parlez de votre manière de jouir, qui est de toute façon celle dont vous pensez ; elle vous fait dire que ces gens occupent dans le champ du sexuel une place qui ne vous revient pas, qui ne cesse donc de revenir. »
Daniel Sibony, La haine du désir, éditions Christian Bourgois, Paris, 1978
Pour Letis, pour LN
Ce qui nous revient
1) Sur les bandes images
Vérifier par les œuvres que l’identité n’est pas qu’une donnée brutale de la mémoire vive de quelque RAM incarné.
Retrouver, dans le catalogue « Taille humaine », les accointances qui font des corps splittés d’Anaïs Boudot des clones étalons.
Se souvenir, avec les portraits extrêmes ou desaturés jusqu’à l’os de Marikel Lahana, que la « Trahison des modèles » est inscrite dans le programme ADN de l’image du corps.
S’accepter définitivement de « seconde génération », pour peu qu’on s’attache aux recherches du Lab historique.
Laisser alors rétrospectivement le triangle blanc, somme de toutes les exclusions, s’inscrire sur l’anonymat des corps spectateurs, Dorothée Smith à la projection, face aux corps pionniers qui comptent.
Considérer que Luigi & Luca ne se revendiquent siamois que dans la ritualisation noir et blanc de leur relation scénographiée.
Retrouvant les jumeaux astraux de Maria Klonaris et Katerina Thomadaki, se ressourcer dans le déroulé vidéo de leur « Personal Statement » tactile du « Cycle de l’Ange ».
2) Dans un bain de sons
Pour avoir écouté en boucle les contre-ténors Philippe Jarousky ou Carlos Mena, vérifier que les musiques actuelles savent interpréter d’autres transformismes acousmatiques : aux machines Mathieu Gagelin.
Suivre Zerkalo enroulant d’autres formes du féminin sur le flux de textes psalmodiés de poétesses russes au radicalisme subtilement mis en onde.
Puis retourner à l’épicentre du théâtre d’enceintes d’Akira Rabelais, là où son Caduceus déjoue aussi bien Erik Satie que l’histoire de la mère.
Parmi les chorèmes identitaires
Face à la greffe argentique d’un talon opérée par Joel-Peter Witkin, se faire l’écho du bricolage scénique d’Alain Buffard dans « Good boy », prothèse de sparadrap sur boites de médicaments anti-sida.
Supposer que Kael T. Block contredit par son tour du monde aux vives couleurs F to M les présupposés du titre de Christian Rizzo « Pourquoi pas « bodymakers », « Falbalas », « Bazaar » etc… »
Ecouter voir les « LA Zombies » de Bruce la Bruce chatter en direct avec les « Dead dream of monochrome Men » de Loyd Newson sur son Deviate (DV8) Physical Theater.
Revoir sur pellicule ou bandes archiviales Kazuo Ohno devenant La Argentina le temps d’un tango butô, pour ses 90 ans. A sa silhouette approximative superposer celles plus affirmées d’Alexander Binder.
Redécouvrir en tutu et pieds nus Dominique Mercy transcender le ring de « Bandoneon » chorégraphié par Pina Bausch. La critique graphique des « animaux d’hommestique » qu’exerce Tom de Pékin se trace avec la même distanciation.
A la vitesse des entrées propulsées d’« Amelia », les corps transsexués des interprètes d’Edouard Lock parodient l’orthèse des pointes.
Ouvrir l’atelier de déconstruction de l’autre même, les autoportraits peints de Michel Peneau s’inventent des crânes surmodelés de voile ou de fumée.
Pour habiller ses propres « guerriers de la beauté » autant que pour renvoyer révérence aux « Perroquets et cochons d’Inde » de Jan Fabre, Slava Mogutin surjoue les gogo-boys russes.
Retrouver l’entrelacs identitaire décalqué par les traits légers de Fredster, il accompagne L’évadée autant que Daniel Sibony travaillant « la différence sexuelle (en) une trace plurielle et infinie habitant chaque être ».
Christian Gattinoni
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